« Mon » Irlande – Première partie : Généralités

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La première fois que j’ai visité l’Irlande, c’était en août 2008. Cette photo, prise à Killarney, dans le Kerry, a donc presque six ans déjà… Je suis tombée amoureuse de cette endroit, d’ailleurs, mais ce n’est pas là que je me suis installée. Eh non, c’est dans le Connemara que je vis depuis l’été 2010…

L’Irlande, et notamment ma région, a pris une place tellement importante dans mon coeur qu’il n’y a rien d’étonnant à ce que j’y place certains de mes écrits. Dans La Noyée était en blanc, Ciara habite à Galway, et l’action se place entre cette (plus ou moins) grande ville et le village de Craughwell, un peu à l’Est, qui existe réellement : il y a quelques années, j’y passais fréquemment, en voiture, pour me rendre à mon travail. De même, mon projet de chick lit en cours tourne autour de Galway.

Dans cette petite série d’article, j’ai envie de présenter mon pays d’adoption, et pas seulement selon le prisme de mes textes. Nous allons donc commencer par quelques petites généralités, avant de parler nourriture la semaine prochaine, et paysages la semaine d’après (oui, j’ai le sens des priorités).

Vous trouverez donc ici des anecdotes, des photos, et des informations plus ou moins utiles. Je rappelle néanmoins que tout cela est vu par une Française qui a vécu les trois quarts de sa vie en région parisienne, d’où certains biais et certains… étonnements, dirons-nous, qui ne sont pas les mêmes pour tout le monde !

Carte d'Irlande. Source : Wikipédia.

Carte d’Irlande. Source : Wikipédia.

 

Un peu d’Histoire

La République d’Irlande telle que nous la connaissons a été fondée en 1949. Mine de rien, c’est un État très jeune… avant cela, le pays faisait partie du Royaume-Uni.

Remontons un peu quelques siècles. Les Gaels, un peuple celtique, sont arrivés en Irlande vers -700 (au début de l’Âge de fer). Au départ, ils ne formaient qu’une petite partie de la population totale, mais grâce à leur position de pouvoir (ils avaient les meilleures terres, c’est toujours plus pratique) et à des mariages, la balance a fini par basculer en leur faveur. L’Irlande est ensuite demeurée isolée jusqu’au IVème-Vème siècle après Jésus Christ (ils ont notamment résisté aux tentatives d’invasions romaines ! … mais pas aux Normands, enfin, ça, c’est beaucoup plus tard).

C’est à cette époque que date l’arrivée de Saint Patrick, auquel on attribue la christianisation de l’île. Avant cela, comme beaucoup d’autres civilisations de ce temps, les Gaels étaient polythéistes. La mythologie irlandaise s’est d’ailleurs très bien conservée, et je la trouve absolument fascinante… il faudra que j’en reparle un jour !

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Le Púca, un esprit pas forcément malfaisant mais plutôt farceur (ça dépend des histoires), qui peut revêtir plusieurs formes (bouc ou cheval le plus souvent). Source de l’image : Irish Wonders, de D.R. McAnally, Jr.

La colonisation par les Anglais a commencé au Moyen-Âge, et a surtout pris place au XVIème-XVIIème siècle. La domination britannique a alors pris plusieurs formes :

  • Du point de vue politique : le pays a son propre Parlement jusqu’en 1800, année où l’Acte d’Union donne naissance au Royaume-Uni de Grande Bretagne et d’Irlande (avant cela, on les considérait comme des entités séparées, qui partageaient néanmoins le même roi, et ce depuis Henri VIII – ça fait longtemps que je n’ai pas vu The Tudors, mais il me semble que c’est abordé). L’Irlande envoie alors ses ministres à Westminster et est gouvernée par un vice-roi, bien entendu nommé par la couronne.
  • Du point de vue économique : les terres appartiennent à de riches familles Anglaises, qui parfois n’ont jamais mis pied sur l’île, tandis que les paysans sont Irlandais. Ces derniers sont souvent très pauvres.
  • Du point de vue religieux enfin: les Catholiques, qui représentent la majorité de la population, sont victimes de fortes discriminations (« évidemment », vu que l’Angleterre est protestante). Ils n’ont pas le droit de siéger au Parlement, les terres appartiennent, comme on l’a vu, aux Protestants…

Bref, c’est pas rigolo. Il y a plusieurs révoltes, mais ça prendrait vraiment longtemps à raconter, donc je passe directement aux événements les plus importants. Il faut néanmoins savoir que même de nos jours les Irlandais en veulent pas mal aux Anglais pour tout ça. Ce n’est pas une guerre ouverte non plus, hein, mais une petite rancœur, et je ne vous raconte même pas quand on les affronte au foot…

Oh, et du coup, ils aiment aussi beaucoup les Français parce que « les ennemis de nos ennemis sont nos amis », et on les a aidés une ou deux fois.

Au milieu du XIXème siècle a lieu la Grande Famine, qui a façonné l’Irlande de manière durable. Avant 1845, le pays comptait plus de 8 millions d’habitants. Vers la fin du siècle : moins de 3 millions. Encore aujourd’hui, on n’atteint même pas les 6 millions !!

Ce qui s’est passé, en fait, c’est qu’un parasite a affecté la production de la pomme de terre. Le Nord, plutôt protestant, plutôt riche, et qui axait plutôt son alimentation sur l’avoine, a été relativement épargné. Le Sud, en revanche… outre les morts, une grosse partie de la population a immigré, direction l’Amérique…

Petite anecdote : les bateaux qui emmenaient les migrants ne faisaient pas le trajet retour à vide. On les chargeait, entre autres, de bois : dans une mine un peu au Nord de chez moi, on trouve une échelle de pitchpin, qui vient donc d’Amérique (elle a été conservée parce que ladite mine est restée sous l’eau pendant un peu plus d’un siècle). Fin de l’anecdote ^^

Nous arrivons au début du XXème siècle. Le nationalisme irlandais ne fait que grimper, et la guerre d’indépendance éclate en 1921 (à ce sujet, s’il vous avez le cœur bien accroché, il y a le très beau mais très dur film de Ken Loach, Le vent se lève/The Wind that shakes the Barley, qu’il faudrait d’ailleurs que je revoie).

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L’affiche du film, Palme d’Or de 2006. Attention : je ne plaisante pas quand je dis qu’il faut avoir le cœur solide. J’étais sortie du cinéma toute chamboulée…

En 1921, sous Lloyd George, le traité de Londres (Anglo-Irish treaty) règle provisoirement le conflit en reconnaissant l’indépendance, ou plutôt l’autonomie, irlandaise, mais divise le pays :

  • au Sud, 26 contés forment un État autonome d’Irlande (Irish Free State) ;
  • au Nord, les 6 contés d’Ulster, composés d’une majorité d’unionistes protestants (vous vous souvenez, ceux qui ont un peu moins souffert de la famine), continuent d’appartenir au Royaume-Uni. Cette région industrielle plutôt riche devient donc l’Irlande du Nord telle que nous la connaissons aujourd’hui.

Le traité n’étant pas accepté par tout le monde (l’autonomie n’est pas tout à fait l’indépendance…), une nouvelle guerre civile éclate, qui durera jusqu’en 1923. Dans les années 1930, le président du conseil Eamon de Valera coupe progressivement tout lien à la Couronne, jusqu’à obtenir une véritable indépendance en 1938. Auparavant, une nouvelle constitution, en 1937, a donné au pays le nom d’Éire, en gaélique, ou Ireland, en anglais, traduit chez nous par Irlande.

(Si vous vous demandez ce que signifie le nom ÉireYou, la station de radio où travaille Ciara dans La Noyée était en blanc, vous avez donc un élément de réponse ^_^ j’y reviens bientôt, promis)

Ce n’est qu’en 1949 qu’est proclamée la République d’Irlande ; dans le même temps, le pays quitte le Commonwealth.

Quid de la Seconde guerre mondiale, me direz-vous ? Eh bien, l’Irlande est restée neutre ; d’ailleurs, à ce jour, la neutralité est toujours la position militaire officielle.

Il faut bien se rendre compte que toutes ces histoires de guerres civiles et de traités sont encore assez importantes aujourd’hui, au même titre que « the Troubles » (les carnages conflits qui ont eu lieu en Irlande du Nord à partir de 1968, apaisés par l’accord du Vendredi Saint de 1998). Ne serait-ce que sur le paysage politique… car les partis du début du XXème siècle sont toujours là !

Petite anecdote : les dernières élections parlementaires ont eu lieu en 2011, alors que j’habitais en Irlande depuis quelques mois. En discutant un peu, j’ai appris que les « vieilles » générations, mais aussi certains jeunes, avaient un gros a priori contre Fine Gael, parti pro-traité en 1921 ! Ils ont quand même gagné, mais ça explique en partie que Fianna Fail, qui a quand même mené le pays à la ruine, ait fait un score non-négligeable… en 1921, ils étaient anti-traités… Eamon de Valera était d’ailleurs Fianna Fail.

De même, à chaque élection, on rappelle bien au parti Sinn Fein leurs (anciens ?) liens avec l’IRA… ça en devient très prévisible, du coup. Bref, c’est assez fascinant de voir à quel point l’Histoire fascine encore les réactions d’aujourd’hui…

Et il y a de quoi écrire de nombreux romans avec tout ça !!

L’organisation politique actuelle

En fait, ça ressemble pas mal à notre IVème République – un régime parlementaire, où le président a un pouvoir restreint. Il Nous avons donc :

  • Côté exécutif :
    • Un président, élu pour 7 ans, qui ne sert à rien à part signer des papiers et faire joli (enfin, c’est relatif). Actuellement, depuis 2011) nous avons Michael D. Higgins au poste, affectueusement surnommé « Michael Dee », qui parle couramment gaélique et passe beaucoup de temps à déclamer des poèmes. Oh, et dans l’Histoire
    • Un premier ministre appelé Taoiseach (prononcer Ti-choc, je sais pas pourquoi ça me fait penser soit à « T-shirt » soit à des biscuits à chaque fois), qui est nommé par le président et doit appartenir à la majorité parlementaire. Il reste en place jusqu’à ce que son parti n’ait plus la majorité, ou jusqu’à ce qu’un scandale l’éjecte. En ce moment, c’est Enda Kenny, du parti Fine Gael, depuis les élections de 2011 dont je vous parlais, donc. (à l’époque, plusieurs journaux américains ont cru qu’il s’agissait d’une femme mais non, Enda est bien un nom d’homme.)
  • Côté législatif, le Parlement se compose ainsi :
    • Le Dáil Éireann, soit l’Assemblée, plus communément appelée Dáil (ça se prononce plus ou moins « dowl »). On élit les députés au suffrage universel direct (un jour je vous parlerai peut-être des élections ici, en gros c’est vraiment trop compliqué).
    • Le Seanad Éireann, qui est plutôt une chambre consultative.

En gros on retrouve un peu les mêmes acteurs que chez nous, même si les pouvoirs sont répartis un peu différemment.

Le gaélique

L’Irlandais, ou gaélique, est la première langue officielle. Historiquement, c’était un peu la langue du peuple, tandis que l’anglais était parlé par l’élite. Au début du XXème siècle en revanche, la majorité des irlandais étaient anglophones… pour se démarquer du Royaume-Uni, le gaélique est devenu obligatoire à l’école. C’était en 1930… les effets sont plutôt mitigés.

Aujourd’hui, l’anglais est en fait la première langue de presque tout le monde. L’État fait tout ce qu’il peut pour préserver le gaélique, mais beaucoup ont l’impression que c’est vain. Il y a quelques années, on a parlé de rendre cette langue optionnelle dans le secondaire… ça a fait un tollé d’enfer et ce n’est pas passé, mais depuis on y revient régulièrement…

Irelandsign

Les panneaux de signalisation (quand il y en a… quoique, cette année, ils ont commencé à en mettre dans le Connemara, enfin !) sont généralement bilingues… ou, parfois, en gaélique uniquement. Source de l’image : Wikipédia.

Officiellement, il reste des régions où on n’est sensé parlé que gaélique (les Gaeltachtaí, pluriel de Gaeltacht)… Et là je ris un peu parce que, d’après les panneaux à la sortie de Galway, mon village est sensé se trouver dans l’une de ces aires et… euh… non, en fait, on y parle bien Anglais. Même chose chez les voisins, même si eux font semblant de jouer le jeu avec plein de panneaux en gaélique pour fasciner les touristes (oui, c’est un peu la guéguerre avec les voisins, surtout depuis qu’ils ont décider de créer leur propre parade de Saint Patrick au lieu de venir gentiment à la nôtre, les muffles).

J’ai moi-même tenté d’apprendre le gaélique. Et j’ai un peu abandonné, pour une raison simple : quand j’apprends une langue, j’aime avoir un « support visuel », bref, je m’appuie pas mal sur l’écrit. Et avec le gaélique, c’est assez impossible parce que ça ressemble à rien de ce que j’ai l’habitude d’étudier.

Vous voulez un exemple ? Faisons donc un petit jeu.

Voici une liste de prénoms, les trois premiers étant utilisés dans La Noyée était en blanc (et du coup ils sont relativement faciles). Dites-moi en commentaire comment vous les prononceriez (sans tricher !). Je vous donnerai la réponse la semaine prochaine (mais si vous voulez regarder sur Google d’ici là, allez-y, faites-vous plaisir).

1. Ciara

2. Niamh

3. Colm

4. Aoife

5. Caoimhe

6. Eibhleann

7. Maebh

8. Saoirse

9. Siobhan

10. Deaglan

Encore une petite anecdote : mes premiers jours d’assistante de français, les profs me faisaient systématiquement faire l’appel… un grand moment d’horreur, car je ne savais absolument pas prononcer les noms sur la feuille !! (je pense qu’ils font ça exprès, une sorte de bizutage entre collègues XD)

La religion

Ceci est le dernier grand point de cette (déjà très longue) présentation, promis !

Contrairement à ce que nous avons en France, ici l’Église et l’État ne sont pas séparés. La religion catholique occupe une place prédominante dans la vie de nombreux irlandais. On la retrouve notamment dans le système scolaire : outre les cours de religion et les divers ornements, la Première Communion et la Confirmation sont encadrées par l’école. Dans le primaire, il n’est pas rare de recevoir la visite du prêtre local.

Aussi, si les mariages civils sont autorisés, ils ne se pratiquent que très peu. Le divorce est légal depuis 1995, mais les conditions sont assez titanesques (il faut prouver que les deux personnes concernées ont vécu séparées pendant au moins quatre ans !).

Pour autant, même dans les petits villages, il ne faut pas se fier aux clichés des Irlandais hyper-religieux et aux familles très nombreuses ! Il y en a, oui, mais ce n’est pas la norme non plus (pas qu’il y ait de mal à avoir une famille nombreuse, hein). Oh, et au passage, je n’ai croisé que très peu d’Irlandais roux…

Pour ce qui est des funérailles, j’en parle un peu dans La Noyée était en blanc. Il y a d’abord une veillée funèbre où on boit beaucoup, après quoi, dans la plupart des cas, le corps est transporté à l’église où il passe la nuit (sinon, les membres de la famille se relèvent dans la pièce pour ne pas laisser le cercueil seul). Le lendemain, il y a une messe (qui dure assez longtemps, comme pour les mariages d’ailleurs), puis le corps est conduit au cimetière. Tous ceux qui ont assisté aux funérailles suivent à la marche (et d’autres s’y joignent parfois). C’est assez impressionnant, d’autant plus que les commerces aux alentours ferment leurs rideaux, et les gens sont sensés s’arrêter au passage du cortège. Après ça, on se retrouve au pub, dans un restaurant ou encore (plus rarement) chez la famille pour boire (et manger) un bon coup.

Dernière chose : chaque année, et en particulier la première, on organise une « masse anniversaire » et une partie de la famille du défunt se retrouve à nouveau.Peut-être que tout cela vous paraît évident, mais pour moi qui n’étais que très peu rentrée dans une église avant mon arrivée ici, ça change un peu !DSC00237Et voilà !! J’espère que ça vous a intéressé-e-s. Il y aurait plein d’autre choses à dire, mais j’ai fait le tour du plus important je crois… à part que j’ai oublié de mentionner que la fête nationale a lieu le 17 mars, jour de la Saint Patrick, et que tout le monde s’habille en vert à l’occasion ! Mais je ne sais pas où caser ça donc voilà, c’est dit XD
La semaine prochaine, ça devrait être plus amusant : on parlera mangeaille !! C’est important, ça, la mangeaille…

[EDIT] J’ajoute ci-dessous mes sources et ressources pour cet article… et j’en profite pour y mettre des tags, ce que j’avais oublié de faire la dernière fois…

Sources (pour la partie historique surtout)

  • KEARNEY, Hugh (2006), The British Isles. A History of Four Nations, Cambridge University Press (ou, plus exactement, les notes que j’avais prises dessus… idem pour l’ouvrage qui suit)
  • CRONIN, Mike (2003), A History of Ireland, Palgrave Macmillan.
  • Wikipédia (surtout version française) histoire de revérifier 2/3 trucs…
  • … et mon cours de Civilisation britannique, qui date de mes années de fac XD
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3 réflexions sur “« Mon » Irlande – Première partie : Généralités

  1. Très intéressant tout ça! Par contre c’est MON Irlande hin 😉 ! Je ne m’aventurerai pas à prononcer les prénoms parce que je sais qu’ils ne prononcent pas du tout comme ils s’écrivent. Même pour les noms c’est chaud, déjà Dun Laoghaire qui se prononce Dun Liri !

  2. Pingback: "Mon" Irlande – Deuxième partie : La mangeaille ! | Dans les nuages

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